18/11/2014

Arthur Conley - Running Shoes - Le 45 tours oublié d'Arthur


Jean-Guy «Arthur» Cossette est une légende vivante. Il détient le titre de tout premier « guitar hero » du Québec. C'est avec le groupe surf'n'twist instrumental Les Jaguars qu'il s'est imposé comme pionnier. On le connaît surtout comme compositeur et interprète du plus grand slow des années 60 au Québec, Mer Morte, et le connait encore aujourd'hui pour son travail avec Lyse & The Hot Kitchen. On pourrait penser que toute la discographie de ce monument est connue. Mais non. Le répertoire musical du Québec recèle encore de secrets à découvrir. Voici l'histoire du 45 tours oublié d'Arthur.

Mais avant d'aller plus loin, revenons à nos Jaguars. Le groupe originaire d'Arvida a également composé et enregistré une série de chansons plus mordantes les unes que les autres, à commencer par Supersonic Twist, Jaguar Shake et Guitare Jet. Ils ont a leur actif deux albums complets et plusieurs 45 tours.

Arthur solo

En 1966, Cossette par en solo. C'est à ce moment qu'il adopte définitivement le nom d'Arthur. L'équation est simple : il a choisit un nom semblable à celui du populaire et provocateur chanteur français au cheveux longs Antoine.

Lorsqu'Arthur lance son tout premier 45 tours solo, on y retrouve deux excellentes compositions inspirées, oui, de la révolte hippie d'Antoine, mais aussi des riffs de guitares plus musclés que ceux du français, s'apparentant plutôt à des sonorités rock garage américaines : Maitres de la guerre et Dites-moi pourquoi.

Voici les deux chansons. Elles sont excellentes et tout à fait sous-estimées. Mais ce 45 tours demeure relativement connu.




 Des Sinners à Charlebois

Au cours de la même époque, vers 1966-67, Arthur se joint aux redoutables Sinners, avec qui il enregistre notamment l'album concept Vox Populi. Le groupe se métamorphose ensuite en La Révolution Française. Arthur enregistre avec eux la mythique chanson Québécois.

En 1971, en parallèle de son travail avec La Révolution Française, Arthur lance son « Long-jeu Ouest Turn ». Comme le titre l'indique, le guitariste y tente une incursion dans le monde de la musique country. Un autre simple psychédélique est lancé à la même époque. Sur ces deux enregistrements, Arthur travaille avec Louis Parizeau, batteur des Sinners et de La Révolution Française, à la production et probablement à la batterie.

Quelque part au début des années '70, Arthur est également engagé comme guitariste pour Robert Charlebois. Il fait au moins une tournée avec le légendaire chanteur.

Croyez-le ou non, un disque est né de la collaboration entre Arthur et Robert Charlebois! Mais c'est sous le nom d'Arthur Conley que notre guitariste commet ce rarissime 45 tours. Étrangement, Arthur Conley était le nom d'un chanteur soul américain relativement populaire. Le principal intéressé m'a confirmé il y a quelques années que ce 45 tours était bel et bien de son cru. Il me l'a même autographié, question de l'authentifier!

Sur le 45 tours en question, lancé sur étiquette Kaméléon - une maison de disque qui n'a lancé aucun autre disque à ma connaissance - on retrouve deux reprises de classiques du rock'n'roll, chantés en joual assumé.




Charlebois a carrément adapté en français les paroles de la chanson Running Shoes, une traduction de Blue Suede Shoes de Carl Perkins. Le résultat est excellent et l'utilisation de la langue québécoise fait très bien à ce standard de Memphis! Je ne peux m'empêcher d'entendre des similitudes avec l'approche d'Ent' deux joints!

Sur l'autre face, Arthur reprend un autre succès de rock'n'roll, No Particular Place to Go de Chuck Berry. En québécois, elle devient Run, run mon automobile. Encore une fois, c'est très réussi!

Ce n'est pas demain la veille qu'on va cesser de découvrir des disques oubliés du répertoire québécois. Voici un autre mystère de résolu.

Merci à Lyse Déjeuner pour les merveilleuses photos d'archive d'Arthur!

12/11/2014

Les Vampires


J'adore les groupes québécois des années 60 qui ont adopté des thématiques d'horreur ou des costumes ténébreux. On peut notamment penser à des groupes comme Les Monstres, Les Vampires, Les Pharaons/Batman, Les Chauve-Souris, Les Cauchemar, Les Rats et combien d'autres!

D'ailleurs, il y a eu au moins deux groupes qui ont évolué sous le nom Les Vampires, au Québec, dans les années 60. Il y avait notamment Danny Roger et Les Vampires, de Chicoutimi, qui jouaient cagoulés, et Les Vampires, de Québec, qui arboraient plutôt le look classique Dracula.

Voici l'histoire de ces derniers.

André Bourget est natif de Québec. Il est encore à apprendre la guitare lorsqu'il rencontre un autre élève de son école de guitare, Marcel Tremblay, avec qui il fonde The Musicmen, vers 1959.

Lorsque le groupe remporte le 2e prix d'un concours d'amateurs du Coronet, à Québec, un engagement dans un hôtel de Lachute s'ensuit.



En 1960, The Musicmen devient Les Vampires au moment où André Allison (basse) et René Nolet (batteur) se joignent à la formation. Le quatuor devient rapidement l'orchestre maison du Relais, à Montmagny. Une fois par semaine, le groupe est aussi en vedette à une émission de radio de la station CKBM, animée par Alain Carrière.

Nathalie de Bourget, fille du guitariste André, a retrouvé pour nous des extraits d'enregistrement des Vampires live à CKBM, dont voici un montage. Quel chance de pouvoir entendre des archives audio de la sorte, même si le son n'est pas à son meilleur, puisqu'il s'agit de vieux enregistrements cassette.


Le répertoire des Vampires oscille surtout autour de la chanson et des succès gogo du temps, se souvient André Bourget. Parmi les artistes que le groupe reprend, on compte notamment Jen Roger et Les Classels.

La plus grande valeur des Vampires réside sans aucun doute dans leur mise en scène, à commencer par leurs costumes. Habillés de capes noires à l'intérieur rouge, de chemises blanches, de pantalons noirs et de bottines rouges, leur accoutrement rappelle le look classique de Dracula. Un autre de leurs costumes comporte une chemise noire sertie de ce qu'André Bourget appelle le sigle de Dracula.

Mais Les Vampires ne s'en tiennent pas qu'à ça. Ils se colorent également les cheveux de rouges ou de bronze! Le groupe utilise aussi souvent des maquillages ténébreux ou encore des accessoires tels que des couteaux, pour agrémenter son spectacle!

Lors de son entrée sur scène, le groupe fait fermer toutes les lumières de la salle et lance une installation d'éclairages circulaires faisant des cercles de lumière. Le groupe commence ensuite ses prestations.

Phénomène extrêmement rare, une prestation des Vampires a été immortalisée sur vidéo 8mm et a été numérisée. Encore une fois, c'est Nathalie de Bourget, fille d'André, qui m'a permis de vous diffuser la vidéo en question. Je la remercie énormément!


André Bourget se souvient que le groupe connaissait un succès fulgurant dans le secteur de Montmagny. À l'hôtel le Relais, le groupe faisait salle comble tous les vendredis et samedis.

Les Vampires sont aussi invités à prendre part à de grands spectacles yéyé, notamment au Colisée de Québec.

Le succès fut tel que Les Vampires ont réussi à décrocher un contrat d'enregistrement pour la compagnie Jupiter. Malheureusement, André Bourget quitte le groupe avant de pouvoir faire paraître le 45 tours, vers 1965. Mais serait-il possible qu'une ou deux chansons aient été enregistrées et qu'on les retrouve aujourd'hui sur les compilations des disques Mérite?


Les deux chansons qui se retrouvent ici semblent n'avoir jamais été éditées dans les années 60. Elles ont plutôt été lancées sur des compilations des disques Mérite des années après leur enregistrement. La première, Je ne vis que pour toi, se retrouvait déjà, à la fin des années 70, sur la compilation 21 chansons millionnaires des groupes. Puis elle s'est retrouvée sur une série de quatre disques compact, lancée au cours des années 90, regroupant plusieurs enregistrements rares de groupes yéyé des années 60. La seconde, Viens à moi, est une reprise de Say I am (What I am) de Tommy James & The Shondells. Plusieurs groupes ont repris cette chanson à l'époque. Serait-ce possible que ce soit le même groupe? Se pourrait-il que ces deux chansons aient été enregistrées avec l'objectif de paraître sur le 45 tours des Vampires devant paraître sur étiquette Jupiter? André Bourget pourra probablement répondre à ces interrogations sous peu.

Toujours est-il qu'après avoir quitté Les Vampires, André Bourget se joint au groupe Les Pirates, aux côtés d'ex-membres des groupes Les Corvets et Les Futura. Ils adoptent le look pirate avec sandales, jeans coupées aux genoux tâchés d'eau de javel, etc. Les Pirates donnent dans les reprises des Beatles et des Stones, mais aussi dans le répertoire de la chanson française et québécoise. Les Pirates existent durant 2 ans. Au cours de cette époque, ils ont notamment l'occasion d'accompagner Michèle Richard sur scène!

André Bourget se joint ensuite à différents orchestres, dont celui de l'organiste Raymond Thibeault, ainsi qu'aux Barons.


André Bourget et Les Barons, derrière René Simard

Au début des années 70, André Bourget et Les Barons ont accompagné le très jeune René Simard au tout début de sa carrière de chanteur! Les voici en action, ci-haut.

L'étendue des accomplissements de la carrière d'André Bourget, des Vampires aux Barons, en passant par Les Pirates, démontre qu'on n'a pas fini d'en apprendre sur les groupes québécois des années 60. Sans avoir lancé de 45 tours, des dizaines, voire des centaines de groupes ont existé et ont connu des carrière souvent très locales, mais aussi très florissantes. On connaît maintenant l'histoire des Vampires! 

André Bourget, 2014

30/10/2014

Quebec Soul #11 - Jimmy Mann & The Dynamics - Such a time / Haunted house


Jimmy Mann & The Dynamics ne sont pas exactement du Québec, mais ils se sont installés ici et ont enregistré un excellent 45 tours de soul parfait pour l'Halloween.

Jimmy Mann & The Dynamics sont originaires de Saskatchewan, où le groupe a débuté ses activités. À la base du groupe, on retrouve notamment autour de Jimmy Mann (voix, guitare) les musiciens Norman Burgess au saxophone, Richard Terry à l'orgue et Ken Folk à la basse. Mais les variations de line-up sont importantes au cours de la carrière du groupe.

Après une série de concerts au Québec, vers 1965-66, le groupe décide de s'établir à Ayer's Cliff, Estrie, tout près de la frontière canado-américaine. Le groupe peut ainsi profiter du circuit des clubs et salles de danse du Québec et de Montréal, où la demande est très forte, ainsi que d'une présence facilitée aux États-Unis, particulièrement dans la région de New-York.

C'est en 1965 que Jimmy Mann & The Dynamics enregistrent leur unique 45 tours pour le compte de la compagnie Allied (voir aussi The Lords sur la même étiquette et dans le même ton).

On y retrouve deux excellentes chansons de soul, rythmn and blues, aux arrangements quelque peu jazzés, à tout le moins, subtiles : Such a time et Haunted house.




Such a time me rappelle aussi fortement le son de The Jades. Un soul jazzé, mené par les cuivres, à la fois feutré, langoureux, moody. C'est excellent.




Haunted House est une version très intéressante de la chanson popularisée par Jumpin' Gene Simmons, en 1964. Un bon rock'n'roll, proche du rythmn and blues, parfait pour danser durant votre party d'Halloween! 

Vers 1967 ou '68, le groupe change d'identité lorsque Jimmy Mann quitte la formation. Il est remplacé par nul autre que Chan Romero, responsable du hit The Hippy Hippy Shake, quelques années plus tôt. Le groupe se rebaptise The Pheonix of Ayer's Cliff, puis The Backstreet Dudes. L'orientation musicale est alors délibérément funk. Des extraits live du groupe sont disponibles ici.

Le guitariste Bob Deutscher se joint également à eux et rapporte que certaines compositions de Chan Romero ont été enregistrées à Los Angeles.



Le passage de Chan Romero avec le groupe est toutefois de courte durée. Le groupe cesse ses activités lorsque Richard Terry et Norman Burgess se joignent au groupe The Jades, rencontré à la salle Fontaine Bleue de St-Jean-sur-Richelieu, et fondent ensemble The Sound Syndicate, qui devient ensuite Illustration et enregistre non seulement un album aux États-Unis, mais également le chef d'oeuvre funk qu'est la trame sonore du film Après Ski.

19/10/2014

Konrad - Look at the picture


L'unique 45 tours de Konrad est demeuré pendant plusieurs années un des plus grands mystère du blogue Vente de garage. Je vous en parlais à deux reprises en 2008!

Essentiellement inconnu, hors du radar, ce 45 tours maison, pressage privé, contient en face A le morceau Look at the picture, une excellente chanson de rock à tendance psychédélique dont la description pourrait osciller entre rock rural hippie et... power pop! (À mon avis, bien entendu...)

Ce disque pourrait bien devenir un objet de convoitise pour plusieurs collectionneurs. Voici son histoire révélée.

Les liens entre l'Abitibi-Témiscamingue et le nord-est ontarien ont été très importants pendant plusieurs années. Ça a été vrai jusqu'aux années 80 environ.

Konrad est originaire du comté peu connu de Timiskaming, en Ontario, plus précisément du village d'Earlton. Ce comté situé essentiellement sur les rives du lac Témiscamingue est voisin du Témiscamingue québécois qui se trouve sur l'autre rive du lac.



En 1970, les jeunes franco-ontariens Hubert Cayer (bassiste, 17 ans), Réjean Pierre Savoie (batteur, 20 ans) et André Rivard (guitariste, 19 ans), fondent Konrad alors que les deux plus jeunes membres sont encore à l'école secondaire.

Jouant abondamment dans les bars et salles de danse du nord-est de l'Ontario et du Témiscamingue québécois, Konrad se forge une réputation intéressante.

Sur scène, Konrad propose trois sets différents. Un set «heavy» où les chansons d'Hendrix, The Who, Steppenwolf et Santana se côtoient. La deuxième option est plutôt rock'n'roll à saveur rétro. Et pour faire plaisir au public, Konrad peut aussi se lancer dans un set country rock. Le groupe intègre aussi des compositions à son répertoire.



Réjean Pierre Savoie s'improvise alors producteur pour permettre à Konrad d'avoir un enregistrement à offrir à son public.

En août 1970, Konrad se rend au studio Thunder Sound Recording, rue Danforth, à Toronto. L'enregistrement coûte 350$ au groupe, puis l'impression de 1000 45 tours coûte 650$. Pour 1000$, Konrad obtient 1000 copies de son unique 45 tours.





En face A, le groupe place sa composition Look at the picture. Il s'agit d'un excellent morceau de heavy rock. Très efficace. Cette chanson possède un soul brut qui me rappelle à la fois Offenbach à ses débuts, ou encore certains morceaux des Real Kids de Boston. Deux esthétiques très différentes! Pourtant, Konrad réussit à se placer quelque part entre les deux. Les solos de guitares et d'orgue sont excellents. D'ailleurs, l'organiste, sur l'enregistrement, était possiblement un certain Joël Audette, originaire de Lorrainville, au Témiscamingue québécois.





Sur l'autre face, la chanson She didn't love me, un slow dans l'esthétique fifties, est moins intéressante, mais demeure efficace. Les paroles, à la limite de la caricature, valent une écoute!

Le groupe a joué tout au long de l'année 1970, vendant des copies de son 45 tours lors de ses concerts, ainsi que dans des restaurants et boutiques de leur région.



Konrad a mis fin à ses activités après quelques mois, les membres devant terminer leur école secondaire. Réjean P. Savoie, pour sa part, est parti travailler à Kirkland Lake. Konrad a repris du service lors du 75e anniversaire du village d'Earlton.

Réjean Savoie a joué dans le groupe Hootch, populaire dans le secteur, de 1970 à 1975. André, professeur à Timmins, aurait joué dans le groupe Racine Carré.


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Konrad were a franco-ontarian outfit from Earlton who recorded a rural/psych rock 45 in 1970. This private pressing record is almost unknown, yet uncomped and should become in demand when discovered. The song on the A side, titled Look at the picture, sounds like heavy rock, but also like early power pop. Weird, odd mix, yet, it does the job terribly well.

16/10/2014

L'évolution du métal québécois - Compilation Vente de garage Vol. 6.2 : Maudite musique de pouels!



L'évolution du métal québécois, mon tout premier livre, est maintenant sur le marché. Incroyable. Le travail débuté en 2007 a fini par finir.
Il est disponible en librairies et en commande sur le web ici.

En 2008, je publiais sur Vente de garage une compilation regroupant mes principales découvertes de heavy rock seventies du Québec. C'est ainsi qu'est né «Maudite musique de pouels». Deux remises en ligne plus tard, cette compilation peut maintenant s'écouter en guise de trame sonore pour les premiers chapitres de L'évolution du métal québécois.

Pour le plaisir des lecteurs du livre, la revoici!
La Compilation Vente de garage Vol. 6.2 : Maudite de pouels! est une sélection non-exhaustive de musiques sabbathistes, hard psych, hard blues, hard rock, progressive, glam, punk… branches et ramifications des racines du métal québécois.



Pour découvrir encore plus de musique du même créneau, je vous conseille fortement d'écouter l'émission de Mondo P.Q. «Province du hard rock IV» où j'ai été invité à parler de L'évolution du métal québécois et où j'ai présenté plusieurs pièces rares et obscures citées dans le livre.

20/09/2014

Québec soul #10 - The Lords featuring Little Harley - Baby I've got to have it


(scroll down for english version)

L'histoire de la musique au Québec n'a pas fini de livrer tous ses secrets. À chaque fois où j'ai pensé avoir fait le tour, je suis tombé sur de nouveaux artistes obscurs, inconnus et surtout incroyables.

Ce disque en fait partie.

The Lords featuring Little Harley.

Une véritable bombe de garage/r'n'b/soul/funky... exactement le type de musique dont je raffole.

La chanson Baby I've got to have it est un des secrets les mieux gardés de la musique des années 60 au Québec. Cuivres puissants, rythme ultra rapide et déchaîné, voix écorchée et exécution brute. Un chef d'oeuvre dans son genre.



 La face B du 45 tours est plus posée, mais confirme que The Lords et Little Harley avaient une intention soul claire et définie. Let it be me est une adaptation anglophone de la chanson Je t'appartiens (1955) de Gilbert Bécaud. Curtis Mann l'a traduite en 1957. The Lords proposent ici une version à fleur de peau, intense, proche du type de livraison qu'un certain Otis Redding aurait pu en faire.



Mais une question demeure: qui étaient The Lords et Little Harley? Un groupe montréalais? Un groupe américain de passage ici?

Le son de l'enregistrement et les arrangements me rappellent plusieurs artistes locaux, notamment Nicky Lee & Les Playboys.

Sur la face A, le nom de Jean-Pierre Lamontagne figurant dans les crédits peut laisser penser que The Lords aient été un groupe québécois, si cet homme faisait bel et bien partie du groupe.

L'autre nom crédité à la composition de Baby I've got to have it est H. Downey. Pourrait-il s'agir de Harley Downey?

Une chose est certaine, The Lords faisaient partie de l'écurie de Donald K. Donald.


Ce 45 tours a été lancé sur l'étiquette montréalaise Allied. Cette maison de disque lançait autant d'artistes locaux obscurs ou populaires que de disques licenciés via les États-Unis, notamment.

Selon les informations disponibles sur ce 45 tours, on peut assumer qu'il s'agit d'une production locale et d'un groupe du Québec, puisque Dean Hagopian est cité comme producteur.

Dean Hagopian était un producteur et aussi chanteur bien connu et très actif dans le milieu anglophone montréalais dans les années 60. Il a également été animateur de radio à CFOX, mais également acteur! La liste de productions auxquelles il a participé est assez impressionnante, de Snake Eyes avec Nicolas Cage, jusqu'aux Mystérieuses cités d'or!


Autre fait intéressant, je suis récemment tombé sur cette photo du chanteur rouynorandien Jacques Gendron, ici accompagné par un groupe nommé The Lords. Jacques Gendron et The Lords étaient régulièrement engagés à Montréal. Il se sont notamment produits au Café de l'Est et au El Mocambo. Y a-t-il un lien entre le groupe The Lords que l'on voit ici et ceux qui se retrouvent sur le 45 tours en question? On s'entend toutefois que plusieurs groupes des années 60 ont dû utiliser le nom The Lords...

The Lords, Little Harley, Jean-Pierre Lamontagne, H. Downey... qui êtes-vous? Manifestez-vous, écrivez-nous, on veut en savoir plus sur votre carrière! Idem si vous avez connu les membres du groupe!

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Baby I've got to Have it by The Lords featuring Little Harley is one of the best kept musical secrets of Quebec's music history.

It's a killer upbeat soul/r'n'b tune with a strong garage feel that will get any sixties music fan jumping and stomping. It's a bomb.

This secret is so well kept that nobody knows who The Lords and Little Harley actually are.

Were you part of this band, do you know anything about them? Please contact us as we'd really like to know more about these great musicians.




17/09/2014

Best of Les Lutins (selon Vente de garage, le blogue)

Les Lutins représentent peut-être le pinacle du garage québécois des années 60. À bien des égards, ils en sont l'exemple parfait : juvéniles, naïfs, bruts, fuzzés, spontanés, révoltés. Mais Les Lutins n'ont pas été que d'obscurs musiciens de garage, ils ont également été extrêmement populaires.

Je vous en parlais d'ailleurs à l'émission PM de Radio-Canada. Vous pouvez réécouter la chronique ici.

Le 19 septembre prochain, leur chanteur, Simon Brouillard, sera de retour sur scène, en compagnie du groupe Gazoline.

Vente de garage, le blogue, souligne l'événement en vous offrant une playlist des regroupant rien d'autre que les meilleures chansons des Lutins, tirées de leur discographie entière, et plus loin encore.

Les Lutins, un classique du garage québécois.

Download de la playlist complète ici / here. Ou écoutez plus bas. Or listen below.

Les Lutins maybe actually represent the pinnacle of Quebec's sixties garage scene. They are the perfect example of what that movement was : juvenile, naive, raw, fuzzy, spontaneous, revolted. But Les Lutins weren't obscure garage musicians. They actually became immensely popular.

On september 19th, their singer, Simon Brouillard, will com back on stage, along with Gazoline, a young talented local band,

To salute this event, Vente de garage has gathered together in a playlist only the best tunes from the whole Lutins discography and beyond.

Les Lutins, a true classic of Quebec garage.


Henri-Pierre Noël - Kouloué Bois



Le légendaire pianiste haitien/montréalais Henri-Pierre Noël donnera un de ses rares concerts, dans le cadre de Pop Montréal 2014.

Henri-Pierre Noël s'est fait connaître auprès des collectionneurs de disques grâce à deux albums lancés à la fin des années 70 sous étiquettes privés. L'hybride de funk, de kompa, de disco et de musique traditionnelle haïtienne qu'on y retrouve est à la fois unique en son genre et génial.

Psyquébélique en parlait en 2009.

La compagnie anglaise Wha-wha 45's a réédité au cours des dernières années les deux albums d'Henri-Pierre Noël. Deux chansons inédites ont également été lancées par Wha-wha 45's. La réédition de l'excellent album One more step a été lancée en juillet dernier. Vous pouvez l'écouter ici.



À l'occasion de la réédition de l'album Piano d'Henri-Pierre N0ël, en 2012, j'ai eu l'occasion d'interviewer le pianiste pour une chronique qui avait été diffusée à la défunte émission Bande à part. Je partage aujourd'hui avec vous l'entrevue complète. 30 minutes de discussion sur le passé, le carrière et la démarche musicale d'Henri-Pierre Noël.



Je profite aussi de l'occasion pour partager avec vous les deux seules chansons originales d'Henri-Pierre Noël qui n'ont pas encore connu de réédition.

Il s'agit de deux morceaux tirés d'un rarissime 45 tours paru sur étiquette Reveal, vers le début des années 80.

Kouloué Bois est particulièrement excellente. Rythme électronique très groovy et claviers endiablés. C'est une petite bombe!



Sur l'autre face, la chanson Chouchoune est plus lente et près de chants traditionnels haïtiens.



Merci de votre indulgence face à la qualité de la numérisation... le disque n'est pas dans le meilleur état.

On souhaite un excellent concert à M. Henri-Pierre Noël ainsi qu'à tous les spectateurs qui auront la chanson d'assister à l'événement!

Bonus: une critique d'époque de l'album One more time, parue dans le magazine Pop Rock.




05/08/2014

Le Spectre - Pourquoi



Pour le 4e été de suite, je serai à l’émission PM hebdomadairement pour y présenter des 45 tours. Au cours des 8 prochaines semaines, je ferai le palmarès de mes 45 tours les plus rares.

Le 25 juin dernier, je procédais à ma première chronique de la série. J’ai débuté avec le rarissime 45 tours des Haunted incluant leur reprise classique de Vapeur Mauve. Un appel à tous a été lancé lors de cette chronique : Qui est le groupe que l'on retrouve en face B du 45 tours? The Haunted ont toujours juré qu'il ne s'agissait pas d'eux. Yves Blais, batteur du groupe Le Spectre, a répondu à l'appel. Voici l'histoire qui a mené à l'édition d'un des 45 tours les plus mythiques et recherchés au Québec.

Le Spectre de Sorel

Le SPECTRE vise à dominer le monde tout en recherchant le profit. Dans James Bond. Il s’agit d’une société criminelle secrète (Service pour l’Espionnage, le Contre-espionnage, le Terrorisme, la Rétorsion et l’Extorsion). C’est de cette sympathique organisation que le groupe garage sorelois tient son nom.



L’orchestre prend racine vers 1964 avec Les Gouaps, de Sorel. Ce nom là signifiait les «voyous».

Suite à un remaniement de personnel, le groupe se solidifie autour d’Yves Blais (batterie), Michel Cotnoir (guitare), Louis-Philipe Tremblay (guitare), Jean Cournoyer (basse) et Michel Guertin (orgue). Le nom Le Spectre est adopté quelque part en 1965.

Après quelques engagements dans son coin, Le Spectre se voit recruté par le gérant Yvon Deschenaux, ex-membre des groupes Les Kool Kats, puis des Majestiks. Ce dernier leur décroche un contrat d’enregistrement avec la compagnie Solfège, appartenant à un certain Zakaïb.

La première pièce enregistrée pour le compte de Solfège par Le Spectre est une reprise de Sunny, un succès de Bobby Hebb devenu à toutes fins pratiques un standard des années 60 pour tous les orchestres populaires. Yves Blais, batteur, se souvient d’être entré au studio StereoSound de Montréal avec la naïveté d’un adolescent qui vivait enfin le rêve de se retrouver en studio. Mais, avec du recul, M. Blais réalise que les producteurs devaient forcer la main des groupes afin que ceux-ci enregistrent des reprises de succès américains ou anglais. Ça a été le cas aussi pour Le Spectre.





Yves Blais, batteur du groupe Le Spectre



Cependant, la version de Sunny du Spectre demeure intéressante et connaît un certain succès sur les palmarès de différentes radio au Québec.

Le Spectre se retrouve donc en booking avec l’agence P.G. (Pierre Gravel), de Granby,  et est engagé sur plusieurs émissions de télé telles Allez-4 (Québec), Bonsoir Copains (Sherbrooke) et éventuellement à Jeunesse d’aujourd’hui (Télé-Métropole).

La face B de Sunny est Tu l’aimeras (une faute de frappe sur le disque indique, par erreur, que le morceau s’intitulait Tu l’aimerais), une ballade composée par Louis-Philippe Tremblay.




Suivant le succès de Sunny, Solfège répète l’expérience avec Le Spectre, mais cette fois, le disque fait patate. Je veux t’aimer et Ça ne peut s’oublier sont deux compositions du Spectre.


 




Le gérant Yvon Deschenaux met donc son réseau de contact à profit et trouve un nouveau contrat d’enregistrement au Spectre, cette fois chez les Disques Monde.

La face A propose une reprise du succès Western Union des Five Americans.




La face B renferme pour sa part la chanson la plus intéressante du répertoire enregistré du Spectre jusqu’alors : La vérité. On y sent enfin du guts, des paroles révoltées et une maîtrise assurée du group sound / beat. Un exemple classique de garage québécois.




Un enregistrement mythique, un album oublié...

En 1967, Le Spectre est de retour au studio StereoSound de Montréal pour y enregistrer un album complet. 4 chansons sont finalisées : Ce jeu là, Je veux être à toi, Attention à toi et Pourquoi. Ce jeu là (reprise de Play with fire des Stones) et Attention à toi (reprise de Steppin' Stone des Monkees) révèlent toutes deux une énergie garage fort intéressante. Mais le groupe se sépare avant d’avoir terminé l’enregistrement de l’album complet. Les bandes maîtresses sont donc tablettées au studio et rapidement oubliées par le groupe.

Je veux être à toi


Ce jeu là


Attention à toi


Le Spectre en concert, 1967

Yves Blais part alors rejoindre un autre mythique groupe garage de Sorel, M2+AC, avec qui il effectue de tournées, mais ne participe à aucun enregistrement.

Pourquoi VS Vapeur mauve




En 1968, le légendaire groupe montréalais The Haunted lance un ultime 45 tours sur lequel se retrouve une version francophone de Purple Haze d’Hendrix. Il s’agit d’un classique du garage/ psych au Québec, mais aussi d’un des disques les plus rares et les plus recherchés par les collectionneurs. Très peu de copies sont connues. Elles peuvent se vendre entre 200 et 300$... et même jusqu’à 500 euros du côté de l’Europe.




Sur  la  face  B de ce désirable 45 tours paru sur la micro-étiquette Marque XII,  on  retrouve  un morceau qui s’intitule Pourquoi. Il s’agit encore d’une traduction, mais cette fois de la chanson Talk  Talk  du  groupe  garage américain The Music Machine. La version est sauvage, mordante, menée par un orgue électrique bien appuyé et des paroles carrément punk. Il s’agit d’une des meilleures pièces de rock garage enregistrées au Québec, à mon sens. C’est d’ailleurs très surprenant qu’un groupe d’ici ait tenté l’aventure de reprendre une chanson aussi tonitruante et obscure que Talk Talk. Legends are made of these.

Seulement, les  membres  des  Haunted  ont  toujours  nié  avoir  enregistré  cette  chanson. Ils  prétendent  qu’il  s’agit  d’un  autre  groupe,  qu’il  ne  s’agit  pas  d’eux  sur  cet enregistrement.

Le mystère entourant cette face B est donc resté des plus complets, jusqu’à récemment. Lorsque les disques Mérite ont lancé leur série Les Introuvables, en 2008, le 1er volume de la série (sur 20 volumes), contenait la chanson Pourquoi. À certains endroits, la chanson est attribuée aux Haunted, mais le MP3, lui, est attribué au groupe Le Spectre. Sébastien Desrosiers m’avait mis la puce à l’oreille à propos de ce fait.

Suite à ma chronique à PM sur le sujet, un collègue radio-canadien, André St-Arnault, m’a contacté pour me dire que Pourquoi avait été enregistrée par le groupe de son ami Yves Blais : Le Spectre. M. Blais confirme cette information. Il s’agit bel et bien d’une chanson qui devait se retrouver sur un album complet, mais inachevé, du Spectre.

La chanson a été placée sur le 45 tours des Haunted sans la permission du Spectre et, à n’en point douter, sans la permission des Haunted.

Il a aura donc fallu près de 50 ans pour retrouver les groupes ayant enregistré cette excellente reprise de Talk Talk des Music Machine. Un autre mystère de l’histoire de la musique québécoise est résolu!

Le Spectre et Les Haunted partagent des noms glauques et un «split» 45 tours fortuit!

Aujourd’hui, M. Yves Blais est toujours actif musicalement avec le groupe Jaztonics, ainsi qu’en tant que fabricant d’instruments de percussions.

Un énorme merci à Yves Blais et André St-Arnault pour les informations et les archives.

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Long story short, legendary Montreal band The Haunted recorded a killer french version of Hendrix's Purple Haze around 1968. It's french, it's called Vapeur Mauve. That 45 probably is the rarest by the Haunted. It sells for crazy money. 

One thing though, the band always said it wasn't them playing on the B side of the record. What is found on the B side is a french cover version of The Music Machine's Talk Talk garage classic. The french version is awesome. But indeed, it wasn't The Haunted. 

Vente de garage is revealing here officially, for the first time, that the band that recorded this song is called Le Spectre. They were from Sorel, Quebec and had recorded previous 45s. In 1967, they recorded 4 songs which were supposed to end up on an album, but splitted before theyr finished the record. So some producer picked up their version of Talk Talk from a shelf and put it out without asking the band, as a B side for The Haunted's version of Purple Haze.

One more rock'n'roll mystery solved.

15/07/2014

Ginette Ravel - Où irons-nous



Le 16 juillet 1969, il y a précisément 45 ans aujourd’hui, décollait la navette qui amenait Buzz Aldrin et Neil Armstrong et le moins connus Michael Collins en direction de la lune où, Armstrong deviendrait le 1er homme à y mettre les pieds.

Nombre de chansons liées à cet alunissage ou encore à la conquête spatiale ont été enregistrées au Québec dans les années 60. Les Mégatones ont enregistré M. Armstrong, Les Fortiches ont compos Ils iront sur la lune et Les Lunours (alias Les Sinners/La Révolution Française) ont chanté Terre, Terre. On pourrait probablement en nommer plusieurs autres.

Mais une des meilleures chansons portant sur le thème de l'exploration spatiale n'a pas encore été déterrée. Je suis pas mal satisfait de pouvoir la présenter aujourd'hui.



Ginette Ravel Ravel n'est pas reconnue pour ses grandes aventures musicales. On la connaît plutôt comme une chanteuse populaire des années 60. 

Pourtant, vers  1970,  elle  a  pris  un détour musical extrêmement intéressant sur un obscur album éponyme. Pour  se  faire,  elle  s’est  adjoint  des  services  du  compositeur,  réalisateur  et arrangeur  Franck  Dervieux.  Dervieux  était  entre  autres  chef  de  l’orchestre  de Jean-Pierre Ferland. Il a ensuite lancé un unique album solo posthume, Dimension M (1971), après avoir perdu un combat contre le cancer. Ses musiciens ont ensuite formé le groupe progressif Contraction. Dervieux a également travaillé avec brio aux côté de Jean Fortier, pour ne nommer que celui-là.

Dervieux  était  un  génie  qui  savait  broder  habillement  entre  la  pop,  le psychédélisme, le classique et la musique progressive.

Pour Ginette Ravel,  il  a  arrangé  Où irons-nous (extrait à la fin de l'article), une  excellente  chanson  qui  porte sur  le  thème  de  l’espace  et  de  la  lune.  À  vrai  dire,  il  s’agit  d’une  chanson psychédélique  de  science-fiction  et  d’anticipation  post-apocalyptique  dans laquelle  Ginette  Ravel  lance notamment  l’hypothèse  selon  laquelle  une fois  que  la  planète sera  détruite,  l’homme  ira  coloniser  la  lune.  

Cette  chanson est passée complètement sous le radar des collectionneurs depuis son édition, en 1971. C’est pourtant, à mon sens, un petit chef d’œuvre.


Ravel a aussi enregistré un autre disque vraiment étrange dont j'ai diffusé un extrait exclusivement à l'émission PM. À écouter ici.

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